Un laboratoire évolue rarement comme il avait été imaginé lors de sa conception.
Un nouvel équipement arrive. Une sorbonne est ajoutée. Un poste de travail est déplacé. Une cloison apparaît. Une climatisation est installée pour compenser les apports thermiques d’un appareil. Le nombre d’utilisateurs augmente ou certaines portes restent désormais ouvertes pendant une partie de l’activité.
Pris séparément, chacun de ces changements peut sembler limité.
Pourtant, la ventilation du laboratoire avait été conçue et réglée pour une configuration précise : des volumes déterminés, des débits d’extraction, des arrivées d’air, des équipements et des usages donnés.
Lorsque le laboratoire évolue, cet équilibre mérite donc lui aussi d’être réinterrogé.
Une installation de ventilation fonctionne comme un ensemble
Dans un laboratoire où sont manipulés des produits susceptibles de polluer l’air, la ventilation générale et les dispositifs de captage localisés participent ensemble à la maîtrise des expositions.
Une sorbonne, par exemple, extrait une quantité importante d’air du local. Cet air doit être remplacé.
L’INRS rappelle que la compensation de l’air extrait doit être maîtrisée : une arrivée d’air mal positionnée ou des vitesses d’air trop importantes peuvent créer des courants susceptibles de perturber l’efficacité des dispositifs de captage.
Le fonctionnement du laboratoire dépend donc d’un équilibre entre ce qui est extrait, ce qui est introduit et la manière dont l’air circule réellement dans la pièce.
Modifier un seul élément peut avoir des conséquences ailleurs.
Ajouter un équipement peut modifier bien plus que l’espace disponible
Lorsqu’un nouvel appareil doit être installé, la première réflexion porte souvent sur ses dimensions, son alimentation électrique, ses raccordements ou la place nécessaire pour son utilisation.
Son influence sur l’environnement du laboratoire mérite également d’être étudiée.
Certains équipements dégagent beaucoup de chaleur. D’autres nécessitent leur propre extraction. L’ajout d’une sorbonne augmente le débit d’air extrait. Un nouvel appareil peut aussi modifier les circulations autour des postes ou conduire à installer une climatisation supplémentaire.
L’INRS recommande d’intégrer les équipements, la ventilation et les apports thermiques dès la conception des espaces de travail. Les besoins doivent être appréciés en fonction du volume des locaux, du nombre de personnes et des activités réellement réalisées.
Dans un laboratoire existant, la même logique s’applique lors de chaque évolution importante.
La question à poser ne concerne donc pas uniquement la capacité du local à accueillir le nouvel équipement, mais aussi sa capacité à continuer à fonctionner correctement une fois celui-ci installé.
Les petits changements successifs sont parfois les plus difficiles à repérer
L’évolution d’un laboratoire se fait rarement lors d’une seule grande rénovation.
Au fil des années, différentes interventions viennent modifier progressivement sa configuration.
Une sorbonne est déplacée, une extraction est prolongée, une zone est réaménagée, un appareil générant de la chaleur est ajouté, une porte est utilisée différemment ou une diffusion d’air neuf est modifiée.
Chaque opération répond à un besoin précis. Leur accumulation peut cependant éloigner peu à peu le laboratoire de la configuration dans laquelle son installation de ventilation avait initialement été réglée et réceptionnée.
C’est pour cette raison que la documentation technique et les valeurs de référence sont particulièrement importantes.
Elles permettent de comparer les performances actuelles à celles obtenues lors de la mise en service et d’identifier plus facilement une évolution du fonctionnement.
Une ventilation peut fonctionner sans fonctionner comme avant
Une dérive n’entraîne pas nécessairement une panne visible.
Le ventilateur tourne, la sorbonne aspire et les utilisateurs continuent à travailler normalement.
Pourtant, certains paramètres peuvent avoir évolué.
Les contrôles périodiques permettent justement de vérifier que les installations conservent leurs performances. Dans les locaux à pollution spécifique, l’INRS rappelle que doivent notamment être contrôlés au minimum une fois par an le débit global d’air extrait, les pressions et vitesses d’air aux points caractéristiques ainsi que l’état des systèmes de captage, des gaines et des dispositifs d’apport d’air de compensation.
Ces mesures prennent tout leur intérêt lorsqu’elles peuvent être comparées aux valeurs relevées lors de la réception de l’installation.
Un écart ne signifie pas automatiquement qu’une installation est défaillante. Il constitue en revanche un signal permettant de comprendre ce qui a changé avant d’envisager un réglage ou une modification.
Et les sorbonnes dans tout cela ?
La sorbonne est particulièrement sensible à son environnement.
Son efficacité dépend naturellement de sa conception et de son débit d’extraction, mais également des conditions dans lesquelles elle est installée et utilisée.
Les mouvements d’air dans le laboratoire, l’implantation des dispositifs de soufflage, les circulations à proximité ou les modifications de l’environnement peuvent influencer son fonctionnement. Le guide INRS consacré aux sorbonnes aborde précisément leur installation, leur réception, leur exploitation et leur contrôle.
Lorsqu’une modification importante affecte l’aéraulique du laboratoire, il est donc pertinent de vérifier à nouveau que les conditions de fonctionnement prévues sont toujours réunies.
Installer une climatisation, modifier la compensation d’air ou transformer l’organisation du local sans regarder l’impact sur les captages existants peut conduire à créer des interactions qui n’avaient jamais été prévues à l’origine.
Quand faut-il se poser la question ?
Il n’est évidemment pas nécessaire de remettre en cause toute l’installation à chaque déplacement de paillasse.
En revanche, certains changements doivent attirer l’attention : l’ajout ou le déplacement d’un dispositif d’extraction, l’installation d’un équipement générant un apport thermique important, une modification du soufflage ou de la compensation d’air, un réaménagement conséquent du local ou encore un changement important dans les activités réalisées.
La récente brochure de l’INRS sur la conception des laboratoires de recherche en biologie insiste d’ailleurs sur la nécessité de prendre en compte dès l’amont les activités présentes et futures, ainsi que les contraintes d’exploitation et d’évolution des installations.
Cette réflexion reste valable bien après l’ouverture du laboratoire.
Faire évoluer le laboratoire sans perdre son équilibre
Un laboratoire doit pouvoir se transformer. Les méthodes changent, de nouveaux équipements apparaissent et les activités scientifiques ne restent pas figées pendant vingt ans.
L’objectif n’est donc pas d’empêcher ces évolutions, mais de conserver une vision globale des installations lorsqu’elles se produisent.
Avant d’ajouter un nouvel équipement ou de modifier un espace, quelques vérifications permettent de comprendre l’impact potentiel sur la ventilation existante. Après une transformation significative, des contrôles permettent de confirmer que le nouvel équilibre reste compatible avec les usages du laboratoire.
Nous rencontrons régulièrement cette logique lors de nos interventions : une installation peut être parfaitement adaptée au laboratoire pour lequel elle a été conçue, puis nécessiter d’être réévaluée parce que ce laboratoire a progressivement changé autour d’elle.
La ventilation doit évoluer avec les usages qu’elle accompagne.
Sources
INRS — Contrôle des installations de ventilation : quelles sont les obligations de l’employeur ? Présentation des contrôles périodiques applicables aux installations de ventilation et aux locaux à pollution spécifique.
INRS — La compensation contrôlée d’une installation de ventilation, ED 86. https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED+86&
INRS — Sorbonnes de laboratoire, ED 795. Guide consacré à la conception, l’installation, la réception, l’exploitation, la maintenance et au contrôle des sorbonnes.
INRS — Conception des laboratoires de recherche en biologie, ED 6552,https://ftweb.inrs.fr/media.html?refINRS=ED+6552
