Ventilation, filtration, production de froid, régulation thermique, moteurs, équipements fonctionnant parfois en continu : un laboratoire peut mobiliser beaucoup d’énergie simplement pour maintenir les conditions nécessaires à son activité.
Lorsqu’un projet de rénovation ou d’optimisation se présente, la question du coût arrive donc rapidement. Il existe pourtant un dispositif encore assez mal connu de nombreux responsables de laboratoire : les Certificats d’économies d’énergie, ou CEE.
Le principe peut sembler administratif. Il est pourtant assez simple : certaines opérations permettant de réduire durablement une consommation énergétique peuvent bénéficier d’une contribution financière dans le cadre du dispositif. Depuis le 1er janvier 2026, les CEE sont entrés dans leur sixième période, qui se poursuivra jusqu’au 31 décembre 2030.
Pour un lab manager, l’enjeu n’est pas de devenir spécialiste du dispositif. Il est plutôt de savoir qu’il existe et de penser à vérifier son applicabilité avant de lancer certains travaux.
Les CEE, concrètement, comment cela fonctionne ?
Le dispositif repose sur une obligation imposée notamment aux fournisseurs d’énergie. Pour remplir leurs objectifs d’économies d’énergie, ces acteurs peuvent contribuer à des opérations réalisées chez des particuliers, des collectivités ou des professionnels.
Cette contribution peut notamment prendre la forme d’une aide financière, selon l’opération envisagée et l’offre proposée par l’acteur qui valorisera les CEE.
Toutes les améliorations énergétiques ne donnent cependant pas automatiquement droit à une aide.
Le dispositif s’appuie notamment sur des fiches d’opérations standardisées. Elles définissent des travaux bien précis, les équipements concernés et les conditions techniques à respecter. Leur contenu est régulièrement actualisé par les pouvoirs publics.
Autrement dit, il n’existe pas une fiche « économie d’énergie pour laboratoire ». Il faut regarder précisément quelle installation est concernée et dans quel environnement elle fonctionne.
Pourquoi les laboratoires sont-ils particulièrement intéressants à étudier ?
Le magazine Salles Propres rappelait récemment que les environnements maîtrisés cumulent souvent plusieurs postes consommateurs : renouvellement important de l’air, filtration, maintien des températures ou de l’hygrométrie et fonctionnement permanent de certains équipements.
Tous les laboratoires ne présentent évidemment pas les mêmes contraintes, mais la logique reste comparable.
Une centrale de traitement d’air peut fonctionner de nombreuses heures par jour. Un groupe froid assure parfois une production indispensable aux équipements ou au bâtiment. Des moteurs entraînent ventilateurs, pompes ou autres installations techniques.
Sur certains de ces postes, il peut exister des possibilités d’optimisation.
Le catalogue officiel des CEE comporte par exemple, selon les secteurs et les conditions d’application, des opérations concernant la récupération de chaleur sur des installations frigorifiques, la régulation de groupes de production de froid, certains systèmes de pilotage des moteurs ou encore le mesurage de performances énergétiques.
Cela ne signifie pas qu’un laboratoire pourra automatiquement bénéficier de chacune de ces fiches. Le secteur auquel appartient le site, les caractéristiques techniques de l’installation et les conditions prévues par chaque fiche doivent être vérifiés.
Commencer par comprendre l’installation
C’est probablement le point le plus important.
Réduire la consommation d’un laboratoire ne consiste pas simplement à faire fonctionner un ventilateur moins vite ou à modifier une consigne de température.
Prenons une installation de ventilation.
Avant d’envisager une variation de vitesse ou une modification des débits, il faut connaître les locaux desservis, les besoins réels, les dispositifs de captage présents, les pressions à maintenir et les conséquences qu’une modification pourrait avoir sur les sorbonnes ou sur l’équilibre aéraulique du laboratoire.
La même prudence s’applique au froid, à la récupération de chaleur ou à toute autre installation technique.
Une solution intéressante sur le papier peut être inadaptée si elle compromet les conditions nécessaires à l’activité scientifique.
C’est ici que l’expertise technique prend toute son importance.
Chez ATIS, notre rôle est d’abord de comprendre l’installation existante, ses usages et ses contraintes. Cela permet d’identifier les pistes d’amélioration techniquement cohérentes et de disposer d’informations fiables avant d’étudier, avec les acteurs compétents, leur éventuelle valorisation dans le cadre des CEE.
Un point à retenir : se poser la question avant de signer les travaux
C’est probablement l’information la plus utile à retenir pour un responsable de laboratoire.
La réflexion autour des CEE doit être engagée avant que l’opération ne soit contractualisée.
Dans le fonctionnement courant du dispositif, la date d’engagement correspond généralement à l’acceptation du devis ou du bon de commande. Le rôle actif et incitatif de l’acteur valorisant les CEE doit avoir été établi avant cet engagement.
Attendre la fin des travaux pour se demander si une aide était possible peut donc conduire à découvrir le dispositif trop tard.
Le bon réflexe consiste plutôt à intégrer cette vérification lorsque le projet commence à être défini :
Quelle installation souhaitons-nous améliorer ?
Pourquoi consomme-t-elle autant ?
Quelle modification technique envisageons-nous ?
Existe-t-il une opération CEE correspondant à cette configuration ?
Ce travail préalable permet également de distinguer une véritable amélioration énergétique d’une modification qui déplacerait simplement le problème.
Mesurer avant de vouloir économiser
La recherche d’économies commence souvent par une meilleure connaissance des consommations.
Il peut être difficile d’identifier une dérive ou de mesurer l’effet réel d’une amélioration lorsque l’on ne dispose d’aucune donnée de référence.
Certaines fiches CEE prennent justement en compte des systèmes permettant de mesurer et suivre des indicateurs de performance énergétique dans des environnements industriels. Leur objectif est notamment de conserver les données, suivre les performances et alerter en cas de dérive.
Cette logique dépasse largement le dispositif lui-même.
Connaître le fonctionnement réel d’une installation permet d’éviter les décisions prises uniquement à partir d’une puissance théorique ou d’un ressenti.
Économiser l’énergie sans compromettre le laboratoire
Les CEE peuvent constituer une opportunité intéressante lorsqu’un laboratoire envisage déjà de faire évoluer ses installations.
Mais le financement ne doit jamais devenir le point de départ du projet.
Un laboratoire possède des contraintes que l’on ne peut pas simplement effacer au nom de la sobriété énergétique : qualité de l’air, sécurité, captage des polluants, stabilité thermique, conservation des échantillons ou conditions particulières nécessaires à certaines expérimentations.
L’enjeu consiste donc à rechercher les économies là où elles sont techniquement possibles, sans compromettre les performances attendues.
Pour un lab manager, la première question n’est finalement pas « quelle prime pouvons-nous obtenir ? ».
Elle est plutôt : où notre installation peut-elle réellement être améliorée ?
Une fois cette réponse apportée, il devient beaucoup plus pertinent de regarder si le dispositif des CEE peut accompagner financièrement le projet.
